Texte de Paul Fournel"La météo cesse de devenir abstraite et le front pluvieux qui traversera le pays d'ouest en est se trouve soudain à faire flic-floc dans mes chaussures". "Les cartes routières sont pour moi des machines à rêves. J'aime les lire comme on lit des livres d'aventure. En tant qu'automobiliste, je les utilise pour le plus court chemin, pour les longues rues qui joignent les villes aux villes sans passer par la campagne. Cycliste, je les utilise pour tout le reste". "On compte deux sortes de vents cyclistes: le vent objectif et le vent relatif. Le premier est celui que fabrique la mécanique du monde et le second est l'uvre du cycliste tout seul. Son chef-d'uvre, pourrait-on dire, car plus il est rapide, plus le cycliste fabrique du vent". "Contrairement à ce qui se passe lorsque je suis en voiture, où le paysage se donne à voir et pas à "être", à vélo je suis assis dedans". En parlant du col de Vars: "Aujourd'hui la route a été élargie pour les autocars et la montagne est toute marquée par les cicatrices des remontées mécaniques-"Encore un de foutu" dirait Queneau". "En parlant du Dante's Peak aux USA: "Nous étions en l'an
2000 et mon premier vu a été de refaire cette balade cycliste
à chaque début de siècle pour m'étalonner". En parlant de la piste: "J'ai vu les stayers fous derrière leur moto qui ajoutaient un goût de pétrole au nuage - en fin de réunion, on aurait dit qu'ils pédalaient en rond au fond d'une pipe". "Dans les années 60,le sport et tout particulièrement le
vélo étaient mal payés et sans espoir. Aujourd'hui il en
irait autrement. Le sport est une excellente façon de se glisser glorieusement
dans le trafic." "Déjà je vais beaucoup moins vite qu'autrefois, mais comme j'ai gaspillé ma vitesse aux quatre vents, qu'elle ne s'est jamais transformée en bouquet ou en chèque, elle rôde dans l'air de la montagne et je la respire comme un vieux parfum". "La compétition fabrique le dopage comme l'impôt fabrique la fraude" (une phrase parmi une dizaine qui "tuent"en quelques pages assassines sur le sujet)". "Les jours de randonnée paisible sont des jours parfaits pour brasser du texte. Je pars avec une phrase, une idée, et je la mouline pendant quelques heures. Il m'arrive de rentrer avec une nouvelle quasi bouclée, un article, un bout de texte. Lorsque je rédige ensuite, je suis capable de dire s'il s'agit de prose de vent contraire ou de prose de vent dans le dos". "Redevenu piéton, le cycliste redevient un gourmand ordinaire, mais avec un creux énorme à l'estomac, une faim de peloton". "Je fis purement et simplement demi-tour et m'offrit un second Ventoux. À midi, douché, rasé, j'étais chez l'ami Bens à regarder pousser les chênes truffiers dans le champ d'en face". "L'immense Cipollini pour ses sprints échevelés ne veut être emmené que par des gaillards aussi grands que lui - il déteste le vent dans la gomina". À propos des coureurs qui ne se rasent pas la barbe pour conserver l'influx
nerveux: "Un petit coup de rasoir le matin vous mettrait sur le flanc.
Tout une partie de"l'humanité serait donc cuite dès sept
heures du matin
". |